on ne doit pas titiller l’Ankou et encore moins appeler les noyés hurleurs

A la fin du siècle dernier, Anatole le Braz parcourut le Trégor autour de Port-Blanc et une petite partie de la Cornouaille autour de Quimper pour recueillir auprès des habitants, des récits vécus et des témoignages et des légendes en rapport avec la mort. Cette importante récolte fut retranscrite par écrit et ordonnée en vingt deux chapitres et un index fouillé par Le Braz dans son livre La Légende de la Mort, ode véritable à l’Ankou.
L’auteur, entre autres y affirmait que « les noyés, dont le corps n’a pas été retrouvé et enseveli en terre sacrée, errent éternellement le long des côtes. Il n’est pas rare qu’on les entende crier, dans la nuit, lugubrement :

— lou! lou!
On dit alors, dans le pays de Cornouaille :
— E-man layinic-ann-ôd o iouall! (Voilà lannic- ann-ôd, (Petit Jean de la grève qui hurle!).
Tous ces noyés hurleurs sont indistinctement appelés lannic-ann-ôd. lannic-ann-ôd n’est pas méchant, pourvu qu’on ne s’amuse pas à lui renvoyer sa plainte sinistre. Mais, malheur à l’imprudent qui se risque à ce jeu ! Si vous répondez une première fois, lannic-ann-ôd franchit d’un bond la moitié de la distance qui le sépare de vous; si vous répondez une deuxième fois, il franchit la moitié de cette moitié; si vous répondez une troisième fois, il vous rompt le cou. »
Le Braz qui avait fait paraître son ouvrage chez Champion en 1893, fit les frais de la puissante emprise des superstitions bretonnes quelques années plus tard. Le 20 Août 1901 en effet, « onze membres de sa famille périrent noyés au large de Plougrescant, à 200 mètres seulement de la côte. Personne [ne vint] les secourir, les gens qui les entendaient crier au secours [croyant] qu’il s’agissait des  » noyés hurleurs du gouffre de Plougrescant ». La mer rejeta les corps un à un pendant un mois et le seul survivant agonisa plusieurs semaines avant de trépasser à son tour. Tous furent enterrés dans le fond du petit cimetière de Tréguier. Seul survivant, Léon Marillier fut découvert à l’aube, hagard, répétant avoir vu « toutes les étoiles s’allumer dans le ciel et toutes les lumières s’éteindre dans les maisons ». Il ne se remit jamais. Son agonie dura plusieurs semaines, scandée par un terrible « j’aurais dû insister ». Il se sentait responsable et refusa de se soigner. Il mourut le 13 octobre.
Plougrescant nichée « au cœur du pays du Trégor-Goëlo, entre l’île de Bréhat et la côte de granit rose » reste bien entendu, dixit la mairie, « un lieu de séjour idéal pour des vacances en famille ou entre amis ».

actuellement en rayon à la villa browna//
Le Braz, Anatole. La Légende de la mort chez les Breton armoricains avec des notes sur les croyances analogues chez les autres peuples celtiques / par Georges Dottin.
Paris, Honoré Champion, 1945.
2 volumes in-8, demi-chagrin rouge à coins, plats ornés, dos à nerfs ornés de caissons, couvertures et dos conservés. La mort, l’Ankou, les relations entre les vivants et les morts sont détaillées. Les ajouts de Georges Dottin, (1863-1928) linguiste et spécialiste des langues et littératures celtiques ajoute beaucoup à l’intérêt déjà grand de l’étude.
Biblio//
www.plougrescant.fr
Joseph Jigourel « Anatole Le Braz sa vie, son oeuvre » aux Editions Liv’Editions. 1996.

villa browna. livres anciens. 27, avenue Rapp. 75007 Paris.